L'investissement de la Chine pour développer les énergies renouvelables sur son sol a été surprenant et massif ces dernières années. Il lui a permis d'acquérir des savoir-faire et de diminuer le coût de ces énergies. Ainsi armée de technologies maintenant plébiscitées dans le monde entier, la Chine entreprend désormais d'investir à l'étranger, à coups de milliards de dollards. Une stratégie "tout azimuth" pour étendre un Empire énergétique multi-filières.


 

2017 01 IEEFA rapport 01En 2015, la Chine était palme d'or - et de loin ! - en investissement dans les énergies renouvelables et les secteurs énergétiques à bas taux d'émission liés, avec près de 103 milliards de dollars (Md$) d'après les chiffres compilés par Bloomberg New Energy Finance et repris par l'IEEFA (Institute for Energy Economics and Financial Analysis) dans un rapport du 6 janvier 2017.
En deuxième place, les Etats-Unis n'ont investi que 44 milliards de dollars et l'Allemagne enregistre un retrait de 46%, avec 8,5 Md$ en 2015...
A contrario, le Mexique, le Chili et l'Afrique du Sud multiplient leurs investissements par 2, 3 ou 4 dans le même temps (sur des bases beaucoup plus modestes néanmoins, de l'ordre de 2 Md$ en 2014).

La course en tête pour installer des solutions à l'international

2017 01 IEEFA rapport 02Et désormais, la Chine prend un tournant en intensifiant sa stratégie de développement "hors les murs" : en 2015, neuf projets à l'étranger dépassant le milliard de dollars  d'investissement ont été menés, pour 20 Md$ au total, et en 2016, ce sont onze tels projets qui ont totalisé 32 Md$ : une augmentation de 60% d'une année sur l'autre ! Et l'IEEFA constate que cette tendance s'accélère encore en 2017.
Résultat : selon l'agence internationale de l'énergie IEA (International Energy Agency), sur la période 2015 - 2021, la Chine installera à elle seule 36% de la capacité mondiale de génération d'hydro-électricité, 40% de l'énergie éolienne et 36% de l'énergie solaire.

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Déjà, alors que la compétitivité de ces trois énergies s'améliore rapidement, la Chine est à l'origine de plus du tiers des investissements mondiaux. Elle domine ainsi les équipements des pays - de plus en plus nombreux - qui augmentent leur production d'énergies renouvelables, en Europe, au Moyen-Orient, en Amérique Latine ou en Amérique du Nord.

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En 2016, quatre des six plus importants fabricants de modules solaires étaient chinois.

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Dans l'éolien, c'est la compagnie chinoise Goldwind qui est désormais le premier fabricant de turbines éoliennes.
Et cinq des dix plus grands fabricants du domaine sont chinois.

En 2016 toujours, l'IEA estimait que la Chine gérait au niveau mondial 3,5 des 8,1 millions d'emplois liés aux énergies renouvelables.


 

Le "coup d'après" pour les véhicules électriques

2017 01 Lithium carbonate - image domaine publicQuant au secteur stratégique des véhicules électriques, pendant que les regards sont braqués sur les prouesses occidentales en matière de conduite autonome, la Chine ne s'y trompe pas et investit dans l'ingrédient incontournable (jusqu'à preuve du contraire) des batteries de véhicules électriques : le lithium !

2017 01 batterie wikipediaTianqi Lithium est désormais le plus grand fabricant de batteries lithium ion. Après avoir racheté Talison Lithium en 2012 et Galaxy’s Jiangsu en 2015, Tianqi a dépensé 2,5 Md$ en septembre 2016 pour acquérir 25% de SQM, la quatrième entreprise de lithium au niveau mondial, basée au Chili.
Cher mais stratégique : le prix du lithium a grimpé en flèche en 2016.

Et pendant que les medias occidentaux se focalisent sur Tesla... le tableau de la filière se complète : deux sociétés chinoises - BYD et CATL - sont en passe de devenir meneuses en termes de véhicules électriques et de batteries lithium-ion !

Bilan : la filière lithium est donc détenue par la Chine à 90% pour l'extraction du lithium (ce qui n'est pas nouveau) mais aussi désormais à 72% pour sa transformation. Une donnée économique qui ressemble fort à une "épée de Damoclès"- sauf pour la Chine bien sûr ! - et qui s'ajoute à l'impact environnemental et sociétal de ce matériau de base (lire Batterie lithium-ion : un poids-plume aux lourds impacts ).


2017 01 electrical 1989072 pixabayL'électricité devenant clé dans le secteur des transports - entre autres - la Chine s'intéresse aussi à cette production.

Pour la consommation intérieure chinoise, la China Three Gorges Corp (CTGC) a construit en 2012 le plus grand dispositif mondial de production d'hydro-électricité : avec ces 22,5 gigawatts (GW) supplémentaires, la voici à la tête d'une capacité de production d'hydro-électricité de 60 GW, ce qui fait d'elle et de PowerChina, les champions de l'investissement et de la construction dans ce sous-secteur.

2017 01 SGCN plaque Mais la Chine prend aussi ses marques à l'étranger. L'entreprise d'état State Grid Corp of China (SGCC) qui emploie 1,9 millions de personnes et génère 330 Md$ annuels de vente s'était fixé en 2012 d'investir 50 Md$ à l'étranger d'ici 2020... En 2015, 30 Md$ avaient déjà été investis, dont 13 pour prendre une participation majoritaire dans la Brazil’s CPFL Energia SA - Brésil où elle a également conclu en 2016 le plus gros accord de l'année en matière de distribution d'électricité et d'énergie renouvelables.

2017 01 HinkleyPointC EDF infog v2 plantEt l'Europe n'est pas oubliée. En 2014, c'est un groupement de partenaires industriels composé des entreprises françaises EDF et AREVA et des deux entreprises chinoises China General Nuclear Corporation (CGN) et China National Nuclear Corporation (CNNC) qui a proposé d'investir 16 Md£ dans la centrale nucléaire de Hinkley Point C au Royaume-Uni.

Même si le nucléaire n'est une technologie ni renouvelable ni bon marché ni rapide à déployer, cela montre la volonté de la Chine d'étendre ses investissements énergétiques non seulement partout dans le monde - y compris en Afrique où les plans nationaux d'énergie renouvelable se multiplient pour face le réchauffement climatique et où - mais aussi en misant sur différentes filières technologiques réputées peu émissives en gaz à effet de serre.

Le Soleil se lève à l'Est depuis longtemps... désormais ce sont toutes les énergies qui semblent y naître !

Source : Rapport de l'IEEFA (Institute for Energy Economics and Financial Analysis) du 6 janvier 2017 (en anglais) : “China’s Global Renewable Energy Expansion: How the World’s Second-Biggest National Economy Is Positioned to Lead the World in Clean-Power Investment”
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Qu’est-ce que l’écologie scientifique ?

Comme toute science, l’écologie scientifique a le monde qu’elle prétend étudier qui lui colle à la peau. Cela n’invalide pas la scientificité de l’écologie mais, au contraire, confirme que l’écologie scientifique n’est pas différente des autres activités scientifiques. L'écologue doit assumer le fait que les interactions du monde vivant qu’il étudie sont elles-mêmes en interaction avec d’autres sphères, qu’elles soient éthique, politique ou citoyenne.

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